Adama Roamba, un artisan du cinéma burkinabè

 Adama Roamba est un réalisateur, producteur et scénariste burkinabè dont les films ont toujours été sélectionnés et primés au FESPACO. Avec 30 ans de carrière, il reste un passionné du septième art malgré les nombreux défis du secteur. Entre rigueur, engagement et ambition, retour sur le parcours d’un homme qui vit et respire le cinéma. 


Si aujourd’hui Adama Roamba est un cinéaste reconnu, son aventure a commencé bien avant. Enfant en Côte d’Ivoire, il était fasciné par les westerns qu’il regardait chaque dimanche à la télévision. « Je me demandais comment est-ce qu’ils arrivaient à faire la continuité des images.  Je me disais qu’ils réalisaient ce plan, ensuite, on tournait cette image. Je ne savais pas qu’il y avait un grand travail derrière », raconte-t-il. Très vite, il se prend de passion pour les films et n’hésite pas à sacrifier ses petites économies pour s’acheter un ticket de cinéma. « Je partais tout le temps en salle de cinéma et je pouvais me priver de tout pour payer un ticket pour la salle. »

C’est cette curiosité qui le pousse à réaliser son premier court-métrage, Yango l’immigration, en 1995. Le film, qui raconte l’histoire d’une famille burkinabè obligée de fuir la Côte d’Ivoire à cause d’une guerre civile, est sélectionné au FESPACO en 1997. « J’ai écrit le scénario en 1994 et j’ai tourné le film en 1995. En 2003, on a eu l'opération Bayiri où on a ramené les Burkinabè de la Côte d’Ivoire au Burkina, donc moi je l'avais vu sept ans à l'avance », souligne-t-il avec une pointe de fierté. 

Adama Roamba plus jeune (crédit photo : Africiné) 
 Depuis ce premier succès, Adama Roamba a toujours voulu faire un cinéma qui parle aux gens. « Je travaille beaucoup plus sur des drames et de la comédie mais en traitant beaucoup des faits de société et des thèmes qui abordent notre vie commune », explique-t-il. Pour lui, les films doivent refléter la réalité et permettre aux spectateurs de s’y retrouver. 

Cette vision lui a permis d’être régulièrement récompensé. « Tous mes films ont été en compétition au FESPACO et ont tous été primés », affirme-t-il. Une régularité impressionnante qui témoigne de son engagement et de son talent. 

Adama Roamba (au milieu, tee shirt gris, casquette noire), en plein tournage

Malgré ses succès, Adama Roamba reste lucide sur la situation du cinéma au Burkina Faso. « Contrairement à ce que certains pensent, on n’a pas une vraie politique cinématographique », déplore-t-il. Pour lui, les bases sont là, mais l’application fait défaut. Le manque de financement est un problème majeur. « Avant, on avait des aides extérieures, mais aujourd’hui, elles sont presque inexistantes. Il faut qu’on trouve un moyen de s’organiser nous-mêmes. »  

Cette difficulté a directement impacté sa série Challenge, nominée au FESPACO 2025. Prévue pour trois saisons, elle pourrait s’arrêter à la première faute de moyens. « Je ne suis pas sûr de continuer après cette première saison. J'ai du mal à boucler le financement de cette première saison, donc je ne me casse pas la tête », confie-t-il avec réalisme. 

Adama Roamba (serviette bleue sur l'épaule), sur le plateau de tournage de Challenge.

Si Adama Roamba a su s’imposer dans le milieu du cinéma, c’est aussi grâce à sa rigueur. Pour son fils et collaborateur Aboubacar Roamba, le quinquagénaire « aime le travail bien fait et ne laisse passer aucune faute ».

Peu impressionné par les honneurs, il relativise la nomination de la série Challenge au FESPACO. « Ça ne me fait ni chaud ni froid, j’ai l’habitude », dit-il. Son fils confirme cette discrétion. « On remarque plus ses échecs que ses succès, même s’il est fier de son travail. »

Malgré les difficultés, Adama Roamba ne compte pas s’arrêter là. Il prépare actuellement un tournage en Côte d’Ivoire, une coproduction entre sa maison de production « film 21 », une maison de production ivoirienne et sénégalaise. Il espère aussi pouvoir enfin réaliser son prochain long-métrage au Burkina, « je pense que je vais me lancer dans la production de mon prochain long-métrage au Burkina après mon tournage en Côte d’Ivoire. »

En attendant, il donne quelques conseils aux jeunes qui veulent se lancer dans le cinéma. « Il faut être patient, apprendre, observer et écouter les aînés. Ce n’est pas parce qu’on a un diplôme en cinéma qu’on sait réaliser un bon film. Le plus important, c’est de savoir comment transformer un scénario en images. »  

Adama Roamba est donc un homme qui vit pour le cinéma. Avec 30 ans de carrière, il continue de défendre un art qu’il aime profondément, tout en espérant des jours meilleurs pour le cinéma burkinabè.

Anita Mireille Zongo




 

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